« Clavelli » (février 2012)

Le retour du Parrain de la mafia corse

Conforté par l’immense succès de « Clavelliccelli » en 2009, Ertemel Production lança au début de l’été 2011 l’écriture du scénario du premier volet d’une préquelle révélant le passé du Parrain de la mafia corse, Don Clavelliccelli. Le scénario fut écrit par Niavlys Ertemel, co-scénariste de « Clavelliccelli », également réalisateur du film. Le film raconte la première étape de l’ascension de Don Clavelliccelli – ou comment un innocent trader, se retrouvant par (mal)chance impliqué dans une lutte de pouvoir entre les mafias parisiennes, japonaises et italiennes, se transforme en baron mafieux et prend le nom de M. Clavelli – d’où le titre du film, « Clavelli ».

Très enthousiaste de faire son retour à l’écran sous les traits du Parrain Clavelliccelli, un de ces rôles les plus célèbres et pour lequel il a le plus donné, Notna-Cram Levalc accepta non seulement d’interpréter M. Clave, mais aussi trois autres rôles. La rencontre de trois d’entre eux aboutira à une scène d’anthologie de « Clavelli ». Mit Iccot, qui jouait Danny, le glacial bras droit de Don Cavelliccelli dans le film original, signa pour un personnage similaire, Jacques Uzi – une ressemblance mystérieuse qui trouvera explication dans les volets suivants de la préquelle… Quant à Imer Ertemel, il incarne aussi plusieurs rôles secondaires, au nombre de trois. Le réalisateur fait une courte apparition, sous les traits d’un passant, en même temps que Sushi, l’adversaire de Nahuatl dans « Nahuatl VS Sushi ».

Le tournage débuta à l’été 2011 et se termina en janvier 2012, avec à peu près quatre journées de tournage.

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ANALYSE

Capitalisme et finance

« Clavelli » est une œuvre complexe, déroutante pour le spectateur, mais aussi engagée, car elle montre les ravages du capitalisme à l’œuvre dans notre société. Que le capitalisme et la finance soient antonymes à la moralité semble évident dans le film, qui raconte comment un trader se glisse dans la hiérarchie mafieuse sans aucune difficulté. M. Clave n’est jamais intimidé par le Yakuza, et discute dès sa première rencontre sur un pied d’égalité avec lui, pour monter brusquement en puissance à la seconde. Le film nous montre que l’absence totale de barrières morales chez les individus consacrant leur vie à la finance aboutit au retour de la loi du talion dans la société (M. Clave venge la mort accidentelle de M. Lem en tuant le Parisien). Le réalisateur se révèle particulièrement accusateur dans son choix de faire interpréter tous les parrains mafieux par le même acteur. Dès le début, le spectateur comprend que M. Clave, malgré son travail de trader, appartient au même monde que les mafieux – ou plutôt que son travail de trader est déjà un travail criminel. Le danger d’une telle représentation est de virer à l’amalgame « tous les traders sont des malfaiteurs », mais ce risque calculé ne saurait cacher l’intention de surprendre, provoquer, avertir du réalisateur. Dans ce film, la spéculation n’est pas une dérive de la finance, car la finance est elle-même une dérive.

Uniformisation

La confusion des identités sert aussi d’autres objectifs. Une sorte d’uniformisation est à l’œuvre, à tous les niveaux sociaux : des parrains mafieux et traders richissimes pour qui l’argent représente si peu « qu’il ne veut plus rien dire pour [eux] », aux livreurs de colis et passants anonymes dans la rue, tous ont le même visage (puisque deux acteurs seulement interprètent ces personnages). La mise en scène n’a fait que pousser jusqu’à l’absurde le processus d’uniformisation enclenché par le capitalisme. La scène la plus emblématique de ce processus étant celle de l’assassinat du Parisien dans le restaurant. Dans ce monde devenu fou, où les mots ne signifient plus rien (« Tu m’as brik mon forbet ») et ne deviennent qu’un bruit de fond (« Bla bla bla » finissent par prononcer les joueurs de poker), les protagonistes ont tous le visage de Notna-Cram Levalc, qui finit par s’éliminer lui-même dans une gerbe de billets verts.

De même, malgré les frontières (Corse, Paris, Lille, Japon, Sicile) dans lesquelles s’inscrivent la mise en scène, celle-ci ne rend à aucun moment une quelconque impression d’exotisme : tout semble avoir lieu dans le même décor. Dans « Clavelli », le capitalisme a mis fin aux frontières, mais aussi à la diversité.

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Résistance

Seul acteur à ne jouer qu’un seul personnage, Mit Iccot se révèle être la clé du film. L’intégrité de l’acteur Mit Iccot – qui ne trompe jamais le spectateur en jouant un autre rôle – s’oppose à la multiplicité de ses sujétions, qui se révèlent être nombreuses et superposées. Jacques Uzi, symbole de la folle complication de notre monde moderne, incarne la résistance contre le capitalisme. Pour rester lui-même, combattre le processus d’uniformisation, Jacques Uzi a dû bâtir un réseau complexe d’allégeances. Mais cette lutte lui a fait subir de nombreuses épreuves, qui l’ont certes endurci, mais ne l’ont pas laissé indemne – « il a la gâchette facile ». Jacques Uzi, figure faussement instable du film, montre qu’on peut résister dans un système capitaliste, mais montre aussi les ravages provoqués par cette résistance.

« Clavelli » est donc à tous les points de vue une œuvre forte, défendant des positions, une vision de notre monde moderne. Qu’on la voit pour la première ou la quarantième fois, le spectateur retirera toujours du sens de ce qu’il a vu. Que la mise en scène avertisse de l’aliénation de l’homme à la technologie et aux réseaux (M. Lem et M. Clave communiquant entre eux par le strict intermédiaire de téléphones, bien qu’ils soient à côté l’un de l’autre) est accessible dès la découverte de l’œuvre. Il est plus difficile mais pas impossible de comprendre que lorsque Jacques Uzi, pour effrayer le livreur, tire sur un innocent passant dans la rue devant le bunker du Parisien, c’est en fait le capitalisme qui assassine la diversité culturelle. Uzi, en tant que bras armé du Parisien, tire sur le réalisateur qui se fait acteur dans cette scène, bizarrement accoutré.

De quoi faire de « Clavelli » une préquelle digne du film qui lui a donné naissance, « Clavelliccelli ».

 

Le film :

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4 réponses à “« Clavelli » (février 2012)

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