« Oedipus games » (mai 2012)

PRE-PRODUCTION

 

Conquérir de nouveaux publics

Dans le cadre d’un module d’anglais, « Film history », animé par M. James Fabry à l’INSA de Toulouse, Ertemel Production a produit son premier film tourné en anglais. Pour la réalisation de cette œuvre, qui s’adressait en premier lieu à tous les spectateurs de nos précédentes productions, mais aussi – et pour la première fois dans l’histoire de notre studio – au public international anglophone, Ertemel Production se devait de réunir les plus grands talents disponibles. L’enjeu étant très important – une reconnaissance des productions du studio à l’étranger – les producteurs Notna-Cram Levalc, Imer et Niavlys Ertemel décidèrent d’intégrer dans l’équipe Ertemel Production de nouveaux acteurs, faisant de cette production un fertile mélange d’expérience (le réalisateur et scénariste Niavlys Ertemel) et d’expérimentation. Une stratégie qui, si elle n’était pas sans risque, allait s’avérer payante.

Scènes coupées

Le scénario a été écrit par Niavlys Ertemel, aidé de Neirda Toip et Nat Ylliw, puis traduit en anglais par ce dernier. C’est d’ailleurs à Nat Ylliw qui eut l’idée de la fin, qui structure toute l’histoire. Le scénario, très fourni, aurait pu servir de base à un film d’une quarantaine de minutes. Le calendrier de la production étant déjà très chargé, et par crainte – qui s’avéra irraisonnée – que la durée ôte au dynamisme du film, certaines scènes ne furent jamais tournées.

Ainsi, la première scène qui fut imaginée du film et qui donna naissance à tout le reste du scénario était une scène d’introduction. L’acteur Nat Ylliw devait progresser dans les couloirs d’un bâtiment de l’INSA armé d’un fusil et éliminer des ennemis tous identiques, car tous incarnés par Neirda Toip… Un lent dézoom dévoilant les contours d’un écran d’ordinateur aurait alors fait comprendre au spectateur que cette scène était un jeu-vidéo. Le dézoom se serait poursuivi jusqu’à ce que l’on puisse voir que le joueur n’est autre que Nat Ylliw, dans sa chambre éclairée par la seule lumière de son ordinateur… jusqu’à ce que son écran s’éteigne. La suite, les spectateurs du film la connaissent. Une scène d’introduction puissante, montrant le brouillage entre jeu et réalité pour les grands joueurs de jeux-vidéos, ne sachant plus s’ils se trouvent dans leur jeu ou devant leur PC. Une scène qui inspirera peut-être une production future…

D’autres scènes furent imaginées par Neirda Toip, mais si elles ne furent jamais tournées, c’est parce que le réalisateur se refusa à les tourner. Pour cette même raison, cet article ne les décrira pas.

PRODUCTION

Le tournage se déroula en quarte journées de tournage, dont une complète dans les Pyrénées, en Ariège, le 22 avril, plus une trentaine de minutes à l’édition 2012 de l’INSA Game Show le 1er avril. Le tournage commença le 28 février dans l’appartement de Nat Ylliw. Fut notamment tournée les répliques de Willy (Nat Ylliw) du dialogue téléphonique. Ce dialogue fut entièrement re-tourné deux mois plus tard, le 7 mai, lors de l’avant-dernière journée de tournage, par souci de cohérence. En effet, l’accent anglais de Nat Ylliw s’était amélioré au cours du tournage. Le tournage de la scène d’escalade, dans la Grotte de Sabart (Ariège), le 20 mai, marque la fin du tournage.

Une scène tournée fut coupée au montage car elle n’était pas utile à la poursuite de l’intrigue et brisait l’effet de surprise provoqué par le basculement brusque de l’INSA de Toulouse au décor ariégeois. Cette scène a été intégrée à la version longue du film, avec d’autres scènes coupées dans l’appartement de Willy.

Sphinx

La bande-annonce du film « Band apart » fut tournée au début de la journée du 7 mai.

POST-PRODUCTION

 

Le montage a été réalisé par le réalisateur Niavlys Ertemel, pendant la phase de production du film. Le tournage terminé, le montage fut guidé par les suggestions des différents acteurs du film émises lors des nombreuses projections-tests précédant la première du film. C’est lors du montage que le film trouva son titre : « Oedipus games ».

EXPLOITATION

« Oedipus games » a été présenté pour sa première le 18 mai au Festival du film INSA. Il était en compétition avec onze autres films dont « Band apart », pour lequel Ertemel Production avait réalisé une fausse bande-annonce. Toute l’équipe du film s’est déplacée pour soutenir le film, qui a été projeté devant un jury d’une demi-douzaine de personnes et plus d’une centaine de spectateurs. La projection a été un triomphe, prélude à l’incroyable succès qu’allait obtenir la mise en ligne du film sur le web.

« Oedipus games » a été récompensé par le prix du « meilleur film comique et original ». En attendant peut-être une moisson de récompenses lors de la troisième édition des Ertemel Awards…

Le film :

Cliquez ici pour voir le film

Cliquez ici pour voir la version longue du film

ANALYSE

Références

            « Oedipus games » a de nombreuses références, mais la plus importante de toutes est celle qui donna son titre au film : le mythe grec d’Œdipe. On voit par deux fois dans le film Willy regarder la scène du parricide d’« Œdipe roi » de Pier Paolo Pasolini avant que le hacker fou ne lui éteigne l’écran. D’autres parricides célèbres sont cités, allant de Jules César (assassiné le 15 mars 44, jour des Ides de Mars) à Dark Vador. Enfin, juste avant que le hacker fou appuie sur la touche Suppr commandant l’extinction du portable de Willy, on peut apercevoir sur l’écran d’ordinateur du geek harceleur le tableau « Œdipe et le Sphinx » de Jean-Auguste Ingres (Musée du Louvre).

            Quelle raison pouvait pousser les scénaristes du film à faire d’Œdipe un fanatique de jeu-vidéo forcé à un retour à la nature ? « Oedipus games » tente d’analyser les conséquences, les bouleversements provoqués par la technologie informatique dans notre société. Le film est délibérément ambigu, ce qui permet au réalisateur d’explorer deux voies opposées, deux analyses différentes de ces bouleversements. Ainsi, l’interprétation de la trajectoire du personnage de Willy peut s’interpréter de deux manières différentes pour le spectateur, selon sa sensibilité.

Tragédie grecque…

« Oedipus games » peut être vu comme un film profondément pessimiste sur l’avenir de l’humanité, confrontée de manière de plus en plus intense aux tromperies de l’illusion par le biais du monde informatique. Le réalisateur dénonce-t-il une perte du sens de la réalité ? L’entraînement de Willy par Norbert ressemble à des niveaux de jeu-vidéo, son assaut contre l’appartement de son père au combat contre le boss final. Norbert lui-même est une caricature, ne pouvant exister que dans un monde fictif (où l’on peut pêcher du poisson pané dans les rivières). Et le grimpeur qu’il appelle est tout entier absorbé par son escalade, oublieux du sol et du réel, se refusant à arrêter son activité pour répondre au téléphone.

Sabart 2

D’où la question suivante : Willy s’est-il rendu compte avant d’assassiner son père qu’il n’était plus dans un jeu-vidéo, que son écran s’était éteint au tout début du film ? Pourquoi la caméra insiste-t-elle autant sur les yeux de Willy, sinon pour insister sur son aveuglement ? Ces gros plans, répétés à plusieurs reprises, ouvrent et ferment le film. Ils peuvent être un geste du réalisateur qui se lamente sur la cécité de Willy, aveugle à la réalité, incapable de la regarder. Lorsqu’elle se présentera enfin à lui, il n’y croira pas – quel spectateur peut croire que Nitneuq Yurb et Ylliw Nat sont apparentés ? Le père de Willy s’est rendu compte que l’informatique l’empêchait de garder pied dans le monde réel. « Oedipus games » raconte comment il échoue à réveiller son fils au réel. Car une fois, à la toute fin du film, que Willy commence à voir la réalité (il retire ses lunettes de soleil), soit les conséquences de son geste à l’encontre de son père, c’est avec une violence telle qu’elle l’empêchera de la revoir à jamais. Une authentique tragédie grecque.

…renaissance ?

Ou au contraire le film ne raconte-t-il pas comment le jeu-vidéo peut amener les joueurs à se transformer. Mais à cette analyse très pessimiste le réalisateur superpose un autre point de vue. Le personnage de Willy montre comment un enfant surmonte ses peurs pour devenir un homme, quittant le monde du jeu pour les responsabilités du monde réel. Le film montre à quel point la transition est difficile (Willy croit voir une souris d’ordinateur couiner dans la forêt où il s’entraîne), mais aussi à quel point elle est riche en enseignements – l’entraînement de Norbert, couplé aux techniques de combat issues des jeux-vidéos, permettent à Willy de prendre d’assaut l’appartement de son père. Lorsque Norbert lui demande de faire face à la réalité (« See the reality, and fight it ! »), lui qui l’incarne dans toute sa matérialité et sa rudesse, Willy échoue une première fois (il ferme les yeux lorsque le couteau se plante dans le bois à quelques centimètres de son visage), puis réussit. A la fin du film, il se sera transformé en homme libre, libéré de son passé (il a tué son père) et sur lequel il ne reviendra plus. Cette partie de sa vie est terminée, comme le symbolise son aveuglement final.

Aveuglement

« Oedipus games » est alors une œuvre montrant comment l’informatique, la fiction, l’imagination, peuvent rendre l’homme meilleur. Le modèle d’homme libre, alliance de nature et d’informatique (d’illusion et de réalité), capable de voyager, aux multiples ressources, que représente Willy à la fin, ce modèle s’oppose aux personnages de Norbert, du grimpeur et du geek fou. Ces trois personnages ne sont issus que d’un seul monde, celui de la nature pour les deux premiers, et l’informatique pour le dernier. Le film montre leurs faiblesses, parce qu’ils sont enfermés dans leur monde.

Norbert 1

Norbert est, grâce au talent de Neirda Toip, un personnage tout entier incarné dans la nature. Si de cette origine il tire une force et une robustesse qui lui permettent de transporter Willy sur son dos, de le distancer à la course, de lancer des couteaux et de se rire de la douleur, celle-ci n’est pas sans contrepartie. Norbert est en effet très rude, son vocabulaire est limité – « Grmpf » – et peut-être même son intelligence… Le film ne le présente absolument pas comme un modèle d’homme ayant réussi son retour à la vie sauvage. De son refus de la technologie lui viennent toutes ses faiblesses.

Norbert 2

C’est tout le contraire du père de Willy, qui s’avoue lui-même être un esclave de la technologie (« slave of the technology »). Au point que la mise en scène littérale de Niavlys Ertemel l’a enchaîné à son ordinateur par une multitude de câbles électriques. Là encore, avec ce personnage génialement interprété par Nitneuq Yurb, « Oedipus games » montre que faire le clivage entre nature et technologie, se consacrer à l’un et rejeter l’autre est une impasse. Le geek fou s’en rend compte puisqu’il se met à arrêter les appareils électroniques de son fils pour l’empêcher de suivre la même voie sans issue que lui… Un sursaut qui semble pouvoir le sauver, mais qui provoquera finalement sa mort. Le destin du pirate informatique fan de Claude François sera identique, lui qui ne put survivre à l’arrêt de son ordinateur.

Sabart 1

La scène d’escalade à la grotte de Sabart présente une dernière figure dont la faiblesse vient de l’unicité de son mode de vie. Le grimpeur qu’appelle Willy est aussi esclave de son sport que le père de Willy l’était à l’informatique. Son entrave n’est pas un câble électrique mais une corde d’escalade. Il ne quittera pas la verticalité pour répondre par téléphone à Willy, et se révèlera incapable de l’aider. Dans une apparition de terrible augure, Samoth Orieos, assureur, déclame son admiration pour la manière de vivre du grimpeur (« He climbs with his mobile phone ! »). Son regard levé vers le plafond nous indique qu’il est sur le point d’imiter l’erreur du grimpeur.

Sabart 3

Seul Willy s’avère être une figure exemplaire car exempte de faiblesses. Sa double inférence à la technologie et à la nature lui fait éviter tous les pièges dans lesquels se sont enfermés les personnages qu’il croisera au cours du film. En alliant les connaissances issues de sa pratique informatique avec les enseignements de son retour à la nature, Willy accède à la vérité.

En superposant deux interprétations radicalement différentes, « Oedipus games » éveille le spectateur. La réflexion que ne manquera pas de lui apporter l’œuvre l’amènera peut-être à revoir le film et à le reconnaître comme l’un des plus grands chefs-d’œuvre qu’ait produit Ertemel Production. Grmpf !

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